Le désir, l’attachement & l’amour

Amour…  Un si petit mot, et un si grand sentiment… Tu en fait couler du sang, et tu en a fais pleurer de l’encre. L’amour pour un homme, pour une femme, l’amour pour ses enfants, ou pour ses parents. L’amour pour un Dieu ou pour le divin en soi. L’amour-passion, l’amour-tendresse, l’amour-fraternel, philia, storgê, eros, porneia, ou agapé. Tantôt orienté vers soi, ou vers l’Autre, l’autre pour soi, ou l’Autre pour lui.

On peut dès lors aborder les liens intimes qu’entretiennent plusieurs notions entre elles.

Le désir est un élan, une pulsion, nourri de toutes sortes de fantasmes et de projections nécessaires à cet élan pour atteindre l’objet du désir. C’est l’avant-attachement, le prélude qui amène deux être à se rapprocher. C’est aussi ce qui l’entretient. Si l’on considère que le fantasme se construit sur la trace du manque, l’on peut en déduire que le désir a besoin du manque pour exister. Une fois assouvie, instantanément il s’éteint, et va devoir se réactualiser pour demeurer.

L’attachement est ce lien affectif qui unit deux personnes. Nous savons que l’attachement est indispensable à tout être humain. En effet, de nombreuses études montrent que la privation d’affection à la naissance, a un effet direct sur le développement physiologique des bébés. L’attachement est également indispensable à l’amour, mais la réciprocité n’est pas une condition sine qua none. L’on peut être attaché à une personne sans l’aimer au sens noble du terme. L’exemple le plus typique est celui du couple qui ne parvient pas à se détacher pour se quitter, tout en se s’aimant plus. Les attaches se situent en un autre lieu que celui de l’amour : restent les souvenirs, les habitudes, les enfants, la culpabilité d’abandonner, la peur d’être esseulé, etc. Tout autant de facteurs appelés « attaches »

La manière de nous attacher vient aussi parler de nos premiers attachements, ceux qui se sont construits dans notre petite enfance. Si les premiers attachements ont été insécures ou ambivalents, les modalités d’attachement (attachement/détachement) risquent fort d’en porter l’empreinte dans le présent. Lorsque l’un des deux soupirants disparait un instant, l’autre fait l’expérience de la  perte, interprétée comme autant de prémisses d’une séparation imminente.

Parler d’attachement ne dit rien de sa nature (amour, amitié, relation d’un soir, de quelques jours ou d’une vie). Parler d’attachement c’est parler de la manière dont s’est construit ce lien, de sa solidité, des ingrédients qui le composent. Parler d’attachement, c’est aussi parler de la manière dont le détachement sera vécu par l’un et par l’autre, dans la relation. De comment chacun se protège de la séparation et son potentiel traumatique (allant sur un continuum de l’indifférence la plus totale à l’effondrement narcissique).

L’amour est difficilement définissable et c’est en raison de cette difficulté qu’en psychologie l’on parle plus volontiers d’état amoureux ou de relation amoureuse.  L’on peut toutefois poser que l’amour est orienté vers un objet considéré comme bon. Pour le dire de manière plus romantique, il reconnait à l’être aimé une valeur supérieure. Il lui attribue une place de choix dans la hiérarchie des relations. Comme l’être aimé est doté d’une grande valeur, l’amour en prend soin, là ou l’amoureux amoureux de l’amour cherche dans la répétition des relations et/ou de comportements délétères, à s’assurer que son manque-à-être est comblé (…en vain, d’où la répétition de la gamme).

Néanmoins, même si la tentation est grande de réduire l’amour à sa plus simple expression pour en extraire la substantielle moelle, il n’empêche qu’il est aussi « attaché » à la culture dans laquelle il s’inscrit. L’amour vécu sur le continent africain ne sera pas vécu comme sur le continent européen. Il est dépendant des règles du groupe, elles-mêmes régies par la religion, et par des contraintes socio-éco-démographiques. Qu’il soit monogame ou polygame, il s’inscrit dans un cadre tacitement partagé, plus ou moins contractualisé (permettant d’un point de vue social une certaine régulation des groupes).

L’amour est peut-être plus à voir comme un continuum, avec mille et une manières d’aimer, si tant est que tout le monde en soit satisfait, et que chacun garde sa place de sujet.

Certaines questions restent à débattre : est-ce qu’aimer signifie renoncer à une part de soi, à l’instar de ce que propose Tolstoi ? Serait-il simplement un piège tendu, par Dame Nature, pour assurer notre descendance, comme le propose Schopenhauer? Et quid de la part d’illusions que nous projetons sur l’objet aimé?

Sandrine Trigano-Cuzzillo

 

Point de vue philosophique sur cette question : https://www.scienceshumaines.com/l-amour-une-philosophie-nouvelle-pour-le-xxie-siecle_fr_31243.html

 

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